Friday, October 3, 2014

Le sexisme… responsable des inégalités femmes-hommes ?



Ces dernières décennies ont été marquées par de nombreux progrès pour les droits des femmes : en 1948, les femmes acquièrent le droit de vote, en 1978, les femmes peuvent ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leur conjoint, en 1990, l’IVG est partiellement dépénalisé, en 2002, l'égalité entre les femmes et les hommes est garantie de façon explicite par la Constitution… Malgré cela, les chiffres l’attestent (voir mon billet du 12 mai sur ce blog), l’égalité entre les femmes et les hommes est encore loin d’être une réalité. Qu’est-ce qui pourrait expliquer ce paradoxe entre un principe acquis d’égalité et des inégalités dans la vie quotidienne ?

Tout d’abord, certaines personnes pensent que la discrimination à l’égard des femmes n’existe pas et que l’égalité entre les femmes et les hommes n’est plus un problème, c’est ce qu’on appelle le sexisme moderne (Swim, Aikin & Hunter, 1995). Celui-ci repose sur trois mythes : les inégalités ne seraient ni graves, ni douloureuses ; les femmes apprécieraient leur statut inférieur et le choisiraient librement et en connaissance de cause ; le vrai sexisme serait peu répandu dans la réalité. Ces croyances entraînent des réactions négatives envers les personnes qui se plaignent de sexisme et un manque de support, voire une réaction défavorable, par rapport aux efforts réalisés pour réduire les inégalités. Le sexisme moderne serait donc, au moins en partie, responsable du maintien des inégalités.

Ensuite, d’autres chercheurs (Sarlet & Dardenne, 2012) ont montré que le sexisme bienveillant contribuait également au maintien des inégalités entre les genres. Imaginez l’homme idéal que l’on présente aux femmes, que ce soit dans les contes de fée, les dessins animés ou les romans… le prince charmant… qui apporte aide et protection à une femme, belle et fragile. Tout cela parait bien inoffensif et même agréable. Néanmoins, le sexisme bienveillant qui décrit les femmes comme chaleureuses, sociables mais fragiles, ayant besoin de la protection des hommes, influence l’image des femmes et les présente comme inférieures aux hommes et moins compétentes. En général, le sexisme bienveillant n’est pas considéré comme du sexisme et est apprécié, autant par les hommes que par les femmes. La sociabilité, qualité attribuée aux femmes, est liée à la soumission et à la coopération, et pousse  les femmes à faire des choix professionnels peu ambitieux par rapport à leur niveau d’études. De plus, même lorsqu'elles postulent à des postes haut placés, elles sont moins facilement recrutées que les hommes. Le sexisme bienveillant mène les femmes à moins de liberté, de créativité, d’indépendance et de curiosité... Lorsqu'une femme pense à son prince charmant, elle en oublie ses compétences et ses aspirations professionnelles.

Enfin, un autre chercheur (Brandt, 2011) a montré, à travers une étude longitudinale, que le sexisme renforce l'inégalité entre les femmes et les hommes (voir aussi ce billet-ci). Pour ce faire, il a repris les résultats d'une étude internationale, comportant une mesure de sexisme, menée dans 57 pays, en 2005 et en 2007 (temps 1). L'auteur disposait aussi de données fournies par l'ONU sur le niveau d'égalité entre les femmes et les hommes dans chacun des pays entre 2005, 2006, 2007 (temps 1) et 2009 (temps 2). Il a montré que le niveau de sexisme d'un pays au temps 1 était corrélé avec le niveau d'inégalité de ce même pays au temps 2 et ce même en contrôlant la mesure d'inégalité au temps 1.

Concluons que la lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes doit passer également par la lutte contre le sexisme !

Patricia Melotte est doctorante au sein du centre de recherche en psychologie sociale et interculturelle. Elle travaille sur les réactions des femmes face au sexisme. 

Référence :

Brandt, M. J. (2011). Sexism and gender inequality across 57 societies. Psychological Science, 22(11), 1413-1418.
Sarlet, M., & Dardenne, B. (2012). Le sexisme bienveillant comme processus de maintien des inégalités sociales entre les genres. Année Psychologique (L'), 112, 435-463.


Swim, J. K., Aikin, K. J., Hall, W. S., & Hunter, B. A. (1995). Sexism and racism: Old-fashioned and modern prejudices. Journal of personality and social psychology, 68(2), 199-214.

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